(photo : DAVID ILIFF)

Dans sa lettre de Pâques adressée aux dirigeants des mouvements sociaux, le Pape François a pris position pour la mise en place d’un salaire de base universel. En mai 2017, lors d’une rencontre avec le monde du travail à Gênes, il avait déjà évoqué le revenu de base. Sa position d’alors était de prôner “le travail pour tous” plutôt qu’un “revenu pour tous”.

En pleine pandémie de COVID-19, sa réflexion semble avoir évolué. Il s’est rapproché de l’idée du revenu universel en élargissant la définition des travailleurs à des gens sans emploi. S’il ne dissocie pas explicitement le travail du revenu, des éléments de son discours vont vers une notion d’inconditionnalité. Pour rappel, le revenu universel doit être versé à tous les membres d’une communauté politique de manière inconditionnelle.

Le Pape adopte par ailleurs certains aspects de la philosophie du revenu universel, en parlant par exemple de tâches nécessaires à la société qui ne sont pas mises en valeur dans le monde actuel. Le réseau mondial de promotion du revenu de base (Basic Income Earth Network), dont le MFRB est membre, prévoit de lui écrire dans les prochains jours afin d’avoir plus de détails sur sa compréhension du sujet.

Extraits traduits de la revue “America Magazine” https://www.americamagazine.org/faith/2020/04/12/easter-message-pope-francis-proposes-universal-basic-wage

Face à la crise actuelle, dans sa lettre de Pâques adressée aux dirigeants des mouvements sociaux à travers le monde, le Pape François a déclaré : “Sans doute est-il temps de penser à un salaire universel qui reconnaisse et rende leur dignité aux nobles tâches irremplaçables que vous effectuez, un salaire capable de garantir et de faire de ce slogan, si humain et chrétien, une réalité : pas de travailleur sans droits.», en ajoutant que la crise actuelle devait être une opportunité pour nos sociétés de réévaluer les modèles actuels de consommation et d’exploitation.

« J’espère que cette période de danger nous libérera du pilotage automatique actuel, secouera nos consciences endormies, permettra une conversion humaniste et écologique mettant fin à l’idolâtrie de l’argent, et placera la vie et la dignité humaines au centre », a déclaré le pape François. « Notre civilisation – si compétitive, si individualiste, avec ses rythmes frénétiques de production et de consommation, ses luxes extravagants, ses profits disproportionnés pour quelques uns seulement – a besoin de rétrograder, faire le point et se renouveler » […] « Les paradigmes technocratiques (qu’ils soient centrés sur l’État ou axés sur le marché) ne suffisent pas pour résoudre cette crise, ou les autres grands problèmes qui touchent l’humanité. »

[…] « En ces jours de grande anxiété et de difficultés, beaucoup ont utilisé des métaphores guerrières pour évoquer la pandémie que nous connaissons. Si la lutte contre COVID-19 est une guerre, alors vous êtes vraiment une armée invisible, qui se bat dans les tranchées les plus dangereuses. Une armée dont les seules armes sont la solidarité, l’espoir et l’esprit de communauté, en ce moment où personne ne peut se sauver seul. »

Constatant que les solutions de marché ainsi que les interventions de l’État n’atteignent souvent jamais les périphéries économiques et géographiques, le pape François a encouragé les membres des mouvements sociaux à continuer à “retrousser leurs manches et à travailler pour leurs familles, leurs communautés et le bien commun”. “Cette communauté mondiale de travailleurs, dont beaucoup travaillent de façon précaire sur le marché informel, a été exclue des avantages de la mondialisation”. Ils “ne jouissent pas des plaisirs superficiels qui anesthésient tant de consciences, et pourtant… souffrent toujours du mal qu’ils produisent.”

Le pape a suggéré qu’une réorganisation des priorités au lendemain de la crise devrait conduire à “l’accès universel aux trois T que [les mouvements sociaux] défendent : Trabajo (travail), Techo (logement), et Tierra (terre et nourriture)”. Le pape François a souvent fait référence à cette notion des “3T” comme étant fondamentale pour une société juste. […]

Sa lettre comprenait des mots d’encouragement forts pour les personnes dont les campagnes pour le changement social sont souvent considérées avec suspicion par la société en général. Il leur a dit : “Vous êtes les bâtisseurs indispensables de ce changement qui ne peut plus être remis à plus tard.” Il les a également exhortés à poursuivre leur travail vital, souvent méconnu, pour le bien commun. “Je pense à toutes les personnes, en particulier les femmes, qui multiplient les pains dans les soupes populaires : deux oignons et un paquet de riz constituent un délicieux ragoût pour des centaines d’enfants”, a‑t-il déclaré. “Je pense aux malades, aux personnes âgées. Ils ne font jamais la une des journaux, pas plus que les petits agriculteurs et leurs familles qui travaillent dur pour produire des aliments sains sans détruire la nature, sans thésauriser, sans exploiter les besoins des gens”.

Les prises de positions du pape, chef spirituel de 1,25 milliards de fidèles, ont pu montrer leur efficacité par le passé, par exemple au travers de la normalisation récente des relations entre les USA et Cuba, ou leur influence dans la chute de l’URSS. Une telle déclaration peut donc peser dans l’écriture de l’histoire sociale à venir.

Reste à savoir maintenant si la position de François peut davantage se rapprocher de la vision du revenu universel défendue par le MFRB.

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