À l’occasion de notre prochain webinaire, nous avons échangé avec Angelika Gross, psychologue et militante au MFRB, autour d’un concept encore trop méconnu : la santé sociale. Troisième dimension de la santé aux côtés de la santé physique et mentale, elle remet au cœur du débat les conditions de vie, les relations sociales, le stress, le revenu et la sécurité matérielle.
En amont de l’agora prévue le 20 janvier prochain, Angelika nous explique pourquoi cette notion est primordiale pour comprendre nos sociétés, et en quoi le revenu de base serait l’un de ses piliers.
1 – La santé sociale reste encore peu connue du grand public : en quelques mots, qu’est-ce qui la distingue de la santé physique et mentale et pourquoi est-il important de s’y intéresser aujourd’hui ?
Les notions de santé physique et de santé mentale focalisent généralement l’attention sur l’individu tel qu’on peut le rencontrer toi et moi dans la rue.
Or, la santé sociale fait rentrer dans le champ de vision ce qui est alors invisible, à savoir le contexte dans lequel vit une personne habituellement. Du coup, la santé d’un être humain n’est pas uniquement une affaire de corps ou de tête, mais également déterminée par la ou les relation(s) que quelqu’un entretient avec d’autres personnes (ou pas), les conditions de sa vie comme celles de son travail (ou pas), sa formation (ou pas), l’accès à une ressource financière (ou pas)…etc.
2 – En quoi le revenu de base pourrait-il contribuer à créer des conditions de vie plus favorables ?
Selon la charte d’Ottawa de 1986, disposer d’un revenu suffisant est l’un des déterminants indispensables pour assurer une existence en bonne santé.
Depuis que les politiques sociales ont renoncé à viser la mise en oeuvre de bonnes conditions de vie et de travail pour toute la population, elles en font porter la charge à l’individu. Ce renoncement porte le nom de “précarité”. Il découle du préjugé – issu de la pédagogie noire – que seul un contrôle social basé sur la relation asymétrique serait capable de maintenir l’ordre.
Culpabiliser est un puissant levier pour établir et maintenir un tel ordre. Une fois assimilé et intériorisé, il produit un sentiment d’auto-dévalorisation sans fin.
Le concept d’un revenu de base inconditionnel (RBI) permet de valoriser chaque personne, en replaçant au coeur des politiques la recherche du bien-être de chaque membre de la société des citoyen.ne.s.
3 – Dans ta pratique professionnelle et ton engagement au MFRB, as-tu observé des situations où un revenu de base aurait pu prévenir du stress, ou bien améliorer la qualité de vie des personnes ?
Le revenu de base m’est toujours apparu comme une évidence, la voie sûre à suivre.
Pendant l’éducation de mes filles, mon compagnon et moi avions mutualisé nos ressources. Nous nous sommes épaulés et entraidés pour surmonter de nombreuses situations difficiles.
Pendant des années, j’ai lu les récits des personnes tirés au sort en Allemagne, par l’association “Mein Grundeinkommen” puis en France par “Mon revenu de base”, lancée par Julien Bayou. Ces récits, mais aussi le résultat des expérimentations pilotes menées un peu partout dans le monde, abondent dans ce même sens : le revenu de base peut réduire le stress en sécurisant les conditions matérielles de vie, ce qui améliore directement la qualité de vie, les relations sociales et augmente le sentiment bien-être des individus.
Beaucoup de gens qui pourraient en bénéficier ne demandent pas le RSA. Cela pourrait se produire aussi avec le revenu de base.
Les personnes les plus précaires se dévaluent tellement. Seront-elles prêtes à accepter de percevoir un revenu ?
Comment les convaincre qu’elles y ont droit ?
Bonjour mes très cher·es ami·es,
Il y a toujours une question qui, j’ai l’impression, reste en suspend : si l’injection d’argent dans l’économie se fait par le bas dans une société avec revenu universel, que deviennent les banques qui, elles, créent et injectent la monnaie par le haut ?
Bien à vous et surtout bonne année.
Arthur
Le concept de santé sociale me semble très intéressant mais je crains que le revenu de base, de l’argent automatiquement versé à chacune et chacun, ne soit pas l’élément primordial pour améliorer la santé sociale des plus affaiblis. On voit bien autour de nous, le métro, la rue, les immeubles… des gens qui ont des revenus et sont renfermés sur eux-mêmes.
Le problème, dans nos métropoles, c’est de trouver des personnes avec qui ont se sent raisonnablement bien et avec qui on échange. De ce point de vue, l’accueil inconditionnel dans les EBE de TZCLD est assez probant. Perso, je met en priorité la création dans chaque territoire (yen aurait 8000 selon Patrick Valentin) d’au moins 1 point d’accueil inconditionnel et d’activités utiles pour les habitants du territoire et en relations avec eux. Il faudra bcp de bons bénévoles et des animateurs compétents et probablement un peu d’argent, à fournir par les communes ou quartiers ou communautés de communes. Rester chez soi à se morfondre du fait de son absence de rôle utile est le pire pour la santé sociale.
C’est fondamental de faire passer ce concept de santé sociale. Merci Anfelika de défendre cette idée … et de l’associer au revenu universel, une bonne thérapeutique !
Les gens ne devraient pas avoir à le demander : ça leur sera attribué automatiquement. Cela suppose un dialogue entre les citoyens et les structures administratives municipales
et associatives …