Alors qu’Emmanuel Macron souhaite « responsabiliser les pauvres », il reporte dans un même temps la présentation officielle du plan de lutte contre la pauvreté. Le « Versement social unique » est annoncé comme mesure phare de ce même plan. Face à de tels signaux, le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) s’interroge aujourd’hui sur un éventuel tournant que le Président de la République pourrait donner à la lutte contre la pauvreté et à l’avenir des acquis sociaux qui ont permis le développement économique et social de notre pays.

Mardi 10 juillet, le plan de lutte contre la pauvreté aurait dû être présenté par Emmanuel Macron. Cette annonce sera finalement reportée en septembre pour cause de… Coupe du Monde de football. Les attentes vis-à-vis du plan de lutte contre la pauvreté sont pourtant grandes. S’il se veut efficace, ce plan doit représenter un investissement majeur, car il n’y a pas d’autre solution que de mettre les moyens en face des besoins.

Lutter contre la pauvreté ou lutter contre les pauvres ?

Après un an de mandat, celui-ci lui ayant valu le surnom de « président des riches », force est de constater que la richesse des plus fortunés a augmenté de 13 % en 2017, alors que 14 % des Français-es vivent encore en-dessous du seuil de pauvreté en France – soit près de 9 millions de personnes dont plus de 2 millions de personnes en emploi.

Le plan de lutte contre la pauvreté constitue par conséquent l’occasion pour ce gouvernement de dévoiler sa fibre sociale. Si l’annonce est reportée au mois de septembre, quelques pistes ont déjà été révélées, comme la lutte contre le non-recours. Ce sont effectivement 11 milliards d’euros que l’État économise en ne versant pas ces aides, dont 5,3 milliards simplement pour le RSA, d’après ATD Quart Monde. Pour rappel, le RSA constitue le dernier filet de sécurité sociale des plus démunis.

La mise en place d’un versement social unique : une promesse de campagne

Une autre proposition émise est celle d’un « versement social unique » (VSU), c’est-à-dire le versement des prestations sociales au même moment pour plus de lisibilité, l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Or, bien que le VSU facilitera sans doute une meilleure lisibilité budgétaire des bénéficiaires, le MFRB alerte sur le fait qu’il n’allégera pas les démarches d’accès aux minima sociaux et ne pourra donc pas avoir d’effet sur le non-recours. En outre, le MFRB veillera à ce que ce VSU n’évolue pas vers une forme d’allocation unique, qui viserait à l’économie voire déconstruirait la protection sociale par un solde de tout compte.

Pour limiter le non-recours aux minima sociaux, ceux-ci doivent être garantis et versés automatiquement, sur base individuelle et sans conditions – encore moins de bénévolat, au risque de devenir du travail forcé. Il pourra ainsi constituer une première étape vers la mise en place d’un revenu de base sans contrepartie, dont on peut aujourd’hui mesurer l’efficacité dans les pays qui ont pu l’expérimenter.

Pour un droit universel à une existence digne

Le MFRB appelle au renforcement de la sécurité sociale, par la lutte contre le non-recours aux aides sociales avec un versement automatique, mais aussi par l’individualisation des aides et la fin du contrôle social.

Afin d’éliminer la pauvreté, il faut pouvoir garantir à chaque citoyen-ne les moyens qui lui permettent de vivre réellement libre en toutes circonstances. Le MFRB appelle le gouvernement à prendre des mesures de plus grande ampleur dans le cadre de ce plan de lutte contre la pauvreté, qui soient à la hauteur des enjeux et de la détresse, toujours croissante, d’une grande partie des Françaises et Français.

 


Photo (2017) : source