À l’heure où les crises sociales et écologiques s’intensifient, un constat s’impose : la promesse selon laquelle la croissance économique suffirait à éradiquer la pauvreté ne tient plus.
C’est à partir de ce diagnostic qu’a émergé une initiative internationale ambitieuse, portée par Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté : élaborer une feuille de route globale pour en finir avec la pauvreté, au-delà de la croissance.

Ce projet, intitulé Eradicating Poverty Beyond Growth, s’inscrit dans une dynamique de transformation profonde des modèles économiques. Il part d’un double constat : d’une part, la croissance actuelle n’a pas permis de réduire durablement les inégalités ; d’autre part, elle contribue à l’aggravation des crises environnementales. Dans de nombreux pays, y compris ceux en développement, la croissance repose encore beaucoup sur l’exploitation des ressources naturelles et d’une main‑d’œuvre à bas coût, sans garantir des conditions de vie dignes pour toutes et tous.

Face à cette impasse, la feuille de route propose de repenser les fondements mêmes de la croissance. Il ne s’agit pas de mettre fin à toute activité économique, mais de sortir d’un modèle centré sur l’augmentation du PIB comme indicateur principal de progrès. L’objectif est de construire une « économie des droits humains », capable de concilier justice sociale, dignité et respect des limites planétaires.

Les propositions s’organisent autour de cinq grands piliers :

1 – Une transformation des systèmes économiques pour les orienter vers le bien-être plutôt que vers la croissance,

2 – Une transformation des politiques du travail et l’économie du care, souvent invisibilisée mais essentielle,

3 – La mise en place de systèmes universels de protection sociale et de services essentiels,

4 – Les enjeux climatiques et la gestion soutenable des ressources,

5 – Les règles du commerce international, de la dette et des mécanismes de solidarité globale.

Cette approche se distingue aussi par sa méthode : la feuille de route est co-construite depuis 2024 avec un large éventail d’acteurs – agences onusiennes, États, syndicats, chercheurs, organisations de la société civile et mouvements sociaux. Elle se veut un outil opérationnel, proposant des mesures concrètes à différentes échelles (locale, nationale et internationale), afin de rendre possible une transition vers des économies plus justes et soutenables.

Parmi les pistes évoquées, il y a le renforcement des services publics, la fiscalité sur les grandes fortunes et les activités polluantes, le développement de l’économie sociale et solidaire ou encore la mise en place de garanties de revenu. Ces leviers visent à réduire les inégalités tout en limitant la pression sur les écosystèmes, en rompant avec une logique où la redistribution dépend d’une croissance toujours plus intensive.

Au-delà des propositions techniques, cette initiative pose une question politique majeure : comment organiser nos sociétés pour répondre aux besoins fondamentaux sans dépendre d’un modèle économique qui génère à la fois exclusion sociale et dégradation écologique ? Elle ouvre ainsi un espace de débat stratégique à l’échelle internationale, à un moment clé où se dessinent les futurs objectifs de développement durable pour l’après-2030.

📅 Cette feuille de route sera présentée lors de la conférence internationale du 22 avril 2026 à Genève :
Eradicating Poverty Beyond Growth : A Global Roadmap for a New Economy,

Cet événement réunira chercheurs, responsables politiques, institutions internationales, syndicats et acteurs de la société civile pour débattre des voies concrètes permettant de lutter contre la pauvreté, les inégalités et la crise écologique au-delà du paradigme de la croissance.

Pour suivre l’événement en ligne, vous pouvez vous inscrire ici.