De nombreuses expérimentations ont déjà vu le jour et donné des résultats étonnants et concordants, et les craintes que bon nombre de personnes s’arrêtent de travailler, consomment plus d’alcool ou de biens inutiles… vont à l’encontre de tout ce qui a été observé et évalué. On découvre des économies sociétales inattendues (en termes de santé publique, de paix sociale…) et une explosion de l’économie réelle (l’argent circule plus vite et plus directement entre producteurs et consommateurs) qui offrent des pistes de financement vers une solvabilité systémique (moins de dettes et plus d’autonomie des territoires)…
Nous les avons réunies sur une carte que nous mettrons à jour régulièrement : https://framacarte.org/fr/map/experimentations-de-revenu-de-base_58126

De la « Valeur Travail » à la dynamique économique .

Les gens ne s’arrêtent pas de travailler… au contraire !

Aux USA dans les années 70’, quatre expérimentations devaient répondre à cette fameuse question : « Les gens vont-ils arrêter de travailler s’ils reçoivent de l’argent sans condition ? » … Non. Seuls les étudiants et les jeunes mamans ont sensiblement réduit leur temps d’emploi, jusqu’à 27 % chez les mères isolées… à une époque où le congé maternité et les bourses n’existaient pas. Pareil en Alaska où une minorité seulement est passée à temps partiel depuis presque 40 ans de revenu de base national. Et plus récemment, les chômeurs en Finlande ont plus activement cherché du travail. A moindre échelle, les bénéficiaires du loto à vie en Belgique ont presque tous continué à travailler tandis que les sans-abris londoniens sortaient de la rue, se formaient et se réinséraient dans leur famille comme dans la société.

En réalité, l’activité économique profite du lancement de nombreuses initiatives, de micro-entreprises qui ont boosté la masse monétaire et haussé le revenu moyen par habitant : en Namibie hausse de 300 % de masse monétaire, soit + 29 % de revenu/habitant, corrélée à une baisse du chômage de 45 à 60 %. Idem, en Alaska, au Kenya ou en Ouganda où les jeunes ont +60 % de chances d’être embauchés avec en général +50 % de revenu au-delà de l’aide. Quant à l’Inde, l’activité a été multipliée par 2 alors que l’expérimentation n’a duré que 18 mois, les relations de travail se sont améliorées, l’épargne a triplé et les familles ont payé leurs dettes (comme en Alaska et en Allemagne).

L’impulsion économique semble bénéficier encore plus aux territoires ruraux comme au Brésil et en France, où les activités sont choisies librement permettent la création d’emplois, dans une nouvelle dynamique économique locale, respectueuse de la nature comme de l’humain. Cette renaissance économique rééquilibre aussi les migrations nord-sud ou l’exode rural, comme au Brésil ou en Namibie.

Une réappropriation de la monnaie … qui protège de la spéculation !

Les Monnaies Locales Citoyennes françaises sont adossées à l’euro : un SOL = un Euro, donc pour chaque SOL en circulation, un Euro bloqué en banque certifie sa valeur. D’un côté donc, une masse monétaire épargnée permet des prêts vertueux injectés dans des projets de l’Économie Sociale et Solidaire, et de l’autre, les SOLs circulent entre des producteurs de services comme de biens qui ont montré une plus-value sociale et/ou écologique et des consomm’acteurs qui s’engagent à dépenser rapidement dans ce réseau pour éviter la fonte monétaire. Il en résulte une dynamique économique vertueuse et une circulation de l’argent accélérée… qui augmentent la richesse créée et échangée sur un territoire donné. La connexion prochaine des réseaux locaux français accélérera ce cercle vertueux.

Cet effet est démultiplié s’il est articulé avec un revenu de base comme en France (Tera) ou en Corée du sud car s’ajoute une répartition des richesses et donc du pouvoir d’achat, plus égalitaire, orientée exclusivement vers les petites entreprises du territoire. Voir le film récemment sorti sur Arte : La monnaie miraculeuse qui évoque la première expérimentation, en 1932, en pleine crise économique et sociale.

La création monétaire peut aussi être découplée de la monnaie officielle, citons l’exemple de la monnaie libre Gûne qui est strictement égalitaire (chaque participant au réseau reçoit un Dividende Universel quotidien, égal aux autres et sans conditions, de sa naissance à sa mort). Contrairement au Bitcoin ou autres monnaies qui servent plus à enrichir les premiers spéculateurs et à blanchir de l’argent et des spéculations, et qui consomment énormément d’énergie. En cas de krach boursier, la monnaie libre peut être un outil rapide et efficace de rebond économique et, en attendant, libérer une partie de nos échanges de la raréfaction artificielle de la monnaie et de sa redistribution inégale.

La scolarisation et l’insertion professionnelle s’améliorent… surtout pour les femmes !

Dans cette relance d’activité, les familles investissent dans la poursuite ou la reprise d’études : aux USA comme en Alaska nous constatons une hausse globale des notes et du nombre de diplômés et une diminution des redoublements au lycée et du taux de décrochage scolaire. Même la formation tout au long de la vie est relancée par la reprise d’études à Londres, en Ouganda et en Allemagne.

Plus au sud, ‑40 % d’absentéisme scolaire et +92 % de scolarisation en Namibie ; en Inde : assiduité scolaire triplée, amélioration des résultats scolaires de 68 % et 66 % des filles inscrites contre 33 % dans les villages alentours.
De même, l’investissement dans l’outil de travail a offert une certaine autonomie d’abord individuelle pour lancer une activité, puis collective grâce à des services qui ont réapparu dans les territoires et qui ont fluidifié les échanges (transport, petits commerces…), au Kenya ou en Ouganda ; en Allemagne, l’achat d’une imprimante 3D mise à disposition des voisins…

Les femmes surtout semblent profiter de ce regain de sécurité et s’émancipent dans la sphère familiale (baisse de maternité chez les jeunes femmes et recul de l’âge du premier mariage au Canada) comme en milieu professionnel (en Inde, elles sont plus impliquées dans la vie locale du village et dans le syndicat SEWA ; elles ont négocié une augmentation de leurs salaires).

De consommateurs passifs à des citoyens impliqués.

Des investissements au long cours … plutôt que des achats compulsifs

Loin des peurs et des préjugés sur « les pauvres qui iraient boire », « les jeunes qui iraient se droguer », aucune augmentation de la consommation d’alcool, de drogues illicites ou de tabac relevée au Kenya ni au Brésil.

Après la formation et les outils de travail, les citoyens ont investi dans le logement et les sanitaires :
réparation des maisons, toits en métal et des animaux de ferme au Kenya, comme en Inde ou au Brésil.
Plus au nord, sur 3.000 livres offertes aux sans-abri londoniens, seulement 800 livres ont été dépensées en moyenne la 1ère année, avec l’achat d’un téléphone, un passeport, un dictionnaire…

Et en France, les bénéficiaires du tirage au sort Mon Revenu de Base (1.000 euros par mois pendant un an) ont investi dans le permis, la voiture, des travaux dans la maison… Ils ont aussi aidé leurs proches, fait la fête avec des amis et se sont offert ponctuellement le coiffeur et le restaurant.

Nous sommes loin de la ruée sur les écrans plats ou les grosses cylindrées promises par les méfiants.

S’émanciper de la peur et de la précarité… pour devenir citoyen-nes.

Depuis presque 40 ans d’expérimentation, et même si le versement annuel n’est pas suffisant pour vivre, les habitants en Alaska sont de plus en plus autonomes économiquement.
En Caroline du Nord, on constate une baisse de 50% de Cherokees vivant sous le seuil de pauvreté par rapport en 1996, début de l’expérimentation.
Quant au Brésil, la sortie de l’extrême pauvreté et les indices d’inégalités sont passés de 58 à 54.

Une baisse de l’abstention aux élections, surtout chez les jeunes Cherokees qui reçoivent leur revenu de base depuis 1996, montre un regain d’intérêt et d’implication citoyenne dans la politique, sans doute grâce à une appartenance à la communauté vécue positivement et une volonté de participer à son tour.

Toutes ces expérimentations, même ponctuelles et localisées, ont essaimé de nombreux projets, portés par les bénéficiaires eux-mêmes : au Brésil, les habitants du village ont mis en place un système de microcrédit autogéré, sur la base de la démocratie directe, puis créé un Fonds Permanent indépendant. Au Kenya, ils ont recréé la traditionnelle tontine, caisse de solidarité entre voisins. En Namibie, idem, les habitants ont milité pour l’élargissement de l’expérimentation et le porteur du projet est devenu ministre du travail.
Give Directly (ONG qui distribue des fonds directement aux bénéficiaires, par virement via les téléphones) qui a commencé au Kenya et en Ouganda vient d’élargir les expérimentations au Rwanda, au Libéria…
Le Canada a créé d’autres aides sociales par la suite : un revenu minimum garanti pour les plus de 65 ans et une allocation enfants. Une trentaine de villes néerlandaises se sont mobilisées pour obtenir de l’Etat le droit d’expérimenter, comme Tilburg, Wageningen ou Groningen. Une réflexion similaire est en cours à Raguse et à Naples en Italie.

De la sécurité individuelle à la santé publique… et inversement !

Un esprit sain dans un corps sain…

Le cercle vertueux commence sur le plan individuel car le revenu de base comble les besoins élémentaires (nourriture, habillement, logement, santé) et donc apporte un sentiment de sécurité psychologique ; les deux niveaux, physique et mental, sont évidemment très liés.

Sur le plan physique : réduction de la faim au Kenya ; amélioration de la nutrition et +25 % de filles atteignant le poids normal en Inde ; – 42 % de malnutrition infantile en Namibie ; augmentation du poids des nouveaux-nés aux USA ; améliorations en termes de nutrition, de vêtements, de conditions de vie, de santé (particulièrement pour les enfants) et augmentation des naissances au Brésil.

Sur le plan psychologique : diminution du stress visible en Belgique ; moins de symptômes de stress, de difficultés de concentration et de problèmes de santé, mais davantage de confiance en l’avenir en Finlande ; anxiété diminuée de 13 % en Inde ; amélioration de l’estime de soi et des interactions sociales, réduction du sentiment d’insécurité et augmentation des attentes futures au Brésil ; augmentation du bien-être : manger des fruits et plus souvent de la viande, mieux dormir, se sentir plus tranquille, sans peur de la précarité en Allemagne ; baisse du stress lié à la sécurité financière, meilleurs nutrition et sommeil, soins médicaux en France ; baisse des troubles psychiatriques aux USA et au Kenya une bénéficiaire témoigne : “Il y a plus d’amour entre nous”…

Au Canada, la somme des informations collectées permet de constater une baisse de la fréquentation des hôpitaux de 8,5 %, due à une forte diminution des accidents liés au travail ou sur la voie publique, ou des violences domestiques liées à la consommation d’alcool. On voit aussi une baisse des consultations chez les généralistes, surtout liées aux troubles mentaux.

Moins de conflits intérieurs… donc plus de paix sociale !

L’expérience de Londres est partie de l’évaluation du coût pour la société des « externalités négatives » liées aux sans-abri (en termes de santé, de dégradations…) qui a été divisé par 8 grâce au procédé tout simple de confier l’argent directement aux personnes, avec confiance et sans conditions ( 50 000 livres/an, incluant les salaires des travailleurs sociaux). Les expérimentations en France « Territoires zéro chômeurs longue durée », menées par ATD Quart Monde partent du même réinvestissement des coûts.

En Namibie, la baisse de 42 % de la criminalité (- 43 % pour les vols de bétail, – 20 % pour les autres vols) ou aux USA (diminution des problèmes de comportement, de la criminalité de 40 %, des délits commis par les jeunes, chute de l’abus d’alcool et de drogues, accompagnées d’une amélioration de l’éducation parentale) laissent présager de sérieuses économies en termes de sécurité intérieure, de justice comme de répression.
Et dans le village de Tera, en France, ils goûtent déjà une meilleure cohésion sociale.

Des promesses et des limites

Des limites à prendre en compte…

Plusieurs limites sautent aux yeux : toutes les expérimentations ne sont évidemment pas transférables telles quelles en France où nous bénéficions déjà d’un système social meilleur qu’ailleurs. Notre système de protection nécessite bien sûr d’être simplifié, automatisé et généralisé en Revenu de Base car l’obligation de prouver qu’on est dans une précarité financière génère des coûts et des effets indésirables (trappe à inactivité, tentations de dissimulations et de fraude, calcul et contrôle complexes).

Les époques, les durées, la diversité des territoires et des cultures empêchent de sortir un canevas tout fait à suivre… ce qui nous oblige à adapter cette idée et les étapes de transition à l’actualité française.

Une autre limite évidente de ces expérimentations est l’origine du financement : soit des dons (associatifs ou individuels), soit des lignes budgétaires (soumises aux variations politiques qui réduisent la durée), soit une source non pérenne et peut-être non souhaitable (exploitation pétrolière en Alaska, casino en Caroline du Nord)…

Mais le frein principal est psychologique : la méfiance envers « les gens » (fainéants, profiteurs…), les peurs pseudo économiques fondées sur des erreurs ou des mensonges (« On n’a pas l’argent », « risque d’inflation »…) ou de sa propre liberté : « Et moi, qu’est-ce que je ferai avec mon revenu de base ? »

… pour mieux oser réaliser les promesses !

Alors comment éviter d’enterrer une nouvelle fois cette idée simple et efficace à cause de chimères ?
D’abord en faisant connaître ces expérimentations qui démentent tant de préjugés et en écoutant sincèrement les peurs et les souffrances à l’origine de nos projections erronées.

Ensuite en réalisant un travail objectif de recensement des diverses sources de financement du revenu de base, complémentaires et durables : leviers fiscaux, extension des services publics et biens communs, création monétaire, économies réalisées (santé physique et mentale, baisse de la criminalité, relance économique…)

Enfin, en intégrant cet outil dans un projet de société qui comprend des mesures complémentaires pour éviter des risques ou dérives possibles (bloquer les prix, accompagner les personnes qui le souhaitent, renforcer l’éducation et la formation à l’autonomie et à la coopération, réduire et partager le temps de travail…)

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La France osera-t-elle être le premier pays à instaurer un revenu de base inconditionnel, individuel et durant toute la vie ? Quel outil, aussi simple de surcroît, offre autant d’externalités positives ?
Rejoignez-nous pour diffuser l’idée et soutenir toutes les versions progressistes et partagez cette carte des expérimentations !
https://framacarte.org/fr/map/experimentations-de-revenu-de-base_58126
Et merci aux bénévoles du MFRB qui recensent, synthétisent et actualisent toutes ces informations pour nourrir notre réflexion !