À 70 ans, Béatrice bouillonne d’énergie ni de curiosité. Entre engagement associatif, amour du lien humain et goût pour les idées qui bousculent l’ordre établi (par d’autres !), elle trace un chemin joyeux et engagé. Retraitée active, ancienne chanteuse de rue et militante convaincue, elle a rejoint le MFBR avec une envie simple : continuer à être utile, et contribuer à sa manière, à rendre possibles des idées qu’on disait hier encore irréalistes. Elle est administratrice du mouvement et référente du Pôle accueil.
1 – Coucou, peux-tu te présenter ?
Je suis Béatrice, 70 ans, retraitée depuis 2023, mère de 4 enfants et grand-mère d’une petite-fille.
Issue d’une formation en animation socio-culturelle, j’ai été animatrice durant quelques années puis secrétaire administrative pendant plus de 30 ans, toujours, par chance (car c’en est une !) dans des domaines qui m’intéressaient tels que l’éducation, l’animation et le secteur socio-culturel.
Née en Finistère, fidèle à sa région et à la culture bretonne (malgré une absence totale d’origine généalogique bretonne !), fan de musiques et de danses, attachée aux valeurs de solidarité et de justice sociale.
Intéressée par les RERS (Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs), la philosophie pour les enfants, le partenariat de soins, le Droit à mourir dans la dignité, le CNAV (Conseil National Autoproclamé de la Vieillesse, la Communication efficace et la gestion des conflits, l’habitat participatif… et le Revenu de Base, bien entendu !
2 – Qu’est-ce qui t’a motivée à rejoindre le MFRB ?
Durant mes années de secrétariat, j’ai pu découvrir un certain nombre de mouvements associatifs par le biais de flyers qui circulaient sur mon bureau. Parmi eux, certains, comme celui du Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs (créé à Evry en 1971) et celui du MFRB (créé en 2013) ont attiré davantage mon attention, parce qu’ils véhiculaient des idées totalement nouvelles pour moi, si intéressantes et portées par un esprit de partage (des savoirs et des richesses), d’équité et de solidarité !
J’ai dans un premier temps créé un Réseau d’échanges de savoirs dans les années 2000 à Concarneau, qui m’a pris plusieurs années et quand on travaille en étant mère de 4 enfants, militer associativement en plus de nos activités personnelles relève un peu du parcours du combattant !
C’est d’ailleurs pendant une période de chômage que j’ai pu me consacrer au développement de ce réseau d’échanges (fort très rapidement d’une centaine de membres), que j’ai dû quitter au bout de 2 ans, poussée par la nécessité de « gagner ma vie » !
J’ai repensé au MFRB au moment de ma mise en retraite à 67 ans. Après l’euphorie de la première année, où je redécouvrais une nouvelle liberté de vie, j’ai ressenti le besoin de me sentir utile, de recréer du lien social (ce que, mine de rien, le travail, si contraignant soit-il, me permettait).
C’est là que m’est remontée en mémoire, cette belle idée du Revenu de base.
Idée qui au départ m’avait un peu « bousculée » : quoi ? recevoir de l’argent sans travail en contrepartie ? sans mérite, donc ? impossible !
Et puis l’idée a fait son chemin… pourquoi, en effet, devrait-on « gagner sa vie », donc la mériter, alors qu’à mon avis, nous n’avons pas eu le choix de naître (je dis « à mon avis » puisque certaines croyances spirituelles sont convaincues du contraire).
Quoiqu’il en soit, n’est-il pas profondément juste d’imaginer qu’une société assure, a minima, à tous ses membres, la possibilité de se loger, se nourrir et se vêtir…?
Comment est une autre affaire, et je ne suis pas assez pointue en économie et politique pour y répondre mais il y a des personnes plus pointues que moi au sein du MFRB qui y travaillent, et c’est auprès que j’essaie de mieux comprendre les articulations possibles autour d’un tel projet.
Et cela ne m’empêche pas de penser que je peux à mon niveau apporter ma pierre à l’édifice et contribuer à la visibilité de cette idée généreuse !
3 – Quel est ton rôle dans l’association, dans quelles actions t’impliques-tu et pourquoi ?
J’ai donc adhéré en 2024 au MFRB. Après une période un peu floue où j’ai eu un peu de mal à trouver ma place, et grâce à l’appui de quelques membres, j’ai fini par intégrer le Pôle accueil du Mouvement, afin d’y apporter mon expérience de nouvelle adhérente.
Puis j’ai accepté le poste de référente, parce que l’accueil, qui a été une composante importante dans ma vie professionnelle, quelque soit le lieu, me semble capital pour intégrer et fidéliser.
Le Pôle accueil poursuit un travail sur l’amélioration des composantes actuelles telles que le parcours adhérent, les visios d’accueil (tous les 10 du mois) et les agoras où sont débattus des thèmes associés au Revenu de Base (tous les 20 du mois), ainsi que sur tout ce qui peut contribuer à l’investissement de ses membres.
4 – Et toi, que ferais-tu avec un revenu de base ?
Retraitée depuis 3 ans déjà, j’estime que je bénéficie en quelque sorte d’un « revenu de base ». Suffisamment correct – par chance, étant donné la diversité et les hauts et les bas – de ma vie professionnelle, ma retraite me permet, sans être riche, de subvenir à mes besoins fondamentaux tout en pouvant bénéficier de plaisirs complémentaires (sorties culturelles, vacances …).
Mais il fut un temps où il eût été absolument bienvenu !
Lorsque j’ai créé le Réseau d’Echanges Réciproques de Savoirs de Concarneau par exemple, dans lequel j’aurais pu m’investir sur une plus longue durée. J’aurais pu m’y consacrer pleinement sans cette épée de Damoclès, que beaucoup connaissent, qui est la fin de la période d’indemnisation du chômage, avec toutes les inquiétudes associées !
A une autre période, dans les années 2010, cela m’aurait permis de persévérer dans ma petite entreprise de « chanteuse de rue ». En auto-entreprise, j’ai animé, pendant 5 ans, avec mon orgue de barbarie, des fêtes de villages, des maisons de retraites, des anniversaires de particuliers, des manifestations associatives… mais l’investissement physique et mental nécessaire en contrepartie de revenus trop faibles m’a poussée à me réorienter vers la voie
classique du secrétariat administratif. Avec un revenu de base, j’aurais très certainement prolongé cette formidable expérience qui m’a valu beaucoup de belles rencontres humaines, riches en émotions !
4 – Que dirais-tu à une personne pour l’inciter à rejoindre le MFRB ?
Que vous croyiez ou non à la possibilité d’instaurer un revenu de base, nous avons besoin d’être nombreux pour que l’idée circule et que nous la rendions « familière » ! Dans la période tourmentée d’incertitude politique nationale et internationale où nous vivons, où l’IA a commencé son travail de sape dans certaines branches professionnelles, il
est plus que temps de « penser autrement » !
Gabriel Zuckman a ouvert une brèche dans l’inégalité sociale et patrimoniale de notre pays dans laquelle il serait bon de s’engouffrer ! Je crois beaucoup en cette phrase « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ! »
Et depuis que je milite au MFRB, je crois bien que j’ai mis en route un « radar aux choses impossibles… devenues réalités » :
- je tombe sur un article sur Frances Perkins, première femme à siéger dans un cabinet présidentiel américain (gouvernement Franklin Roosevelt) et qui présenta un vaste programme de réformes sociales, apparemment « impossibles ». Roosevelt accepta de soutenir ce programme, qui donnera naissance à une grande partie du New Deal ;
- je découvre une œuvre théâtrale de Tatiana de Rosnay sur Claudette Colvin, méconnue de l’histoire, qui fut la première noire à refuser de céder sa place à une blanche dans un bus, suivie quelques mois plus tard par Rosa Parks, et qui par leur refus contribuèrent à la fin de la ségrégation raciale dans les bus de l’Alabama ;
- je regarde une série gentillette et très romancée sur la vie de Lidia Poët*, première femme nommée avocate en Italie en 1883, qui vit cette décision annulée par la Cour d’Appel quelques mois après, et récupéra son titre… en 1920, à l’âge de 65 ans, après avoir « secondé » son frère avocat pendant ans !
Beaucoup d’acquis sociaux, aujourd’hui considérés comme normaux, ont longtemps été jugés utopistes, irréalistes, dangereux pour l’économie et la vie sociale (la Sécurité Sociale, les congés payés, le droit de vote des femmes, la réduction du temps de travail…etc.)
L’Histoire regorge d’exemples en ce sens, et je m’en servirai pour inciter à adhérer au MFRB…et plus encore à militer à nos côtés !
*Et c’est dans le générique final de cette série que j’ai découvert cette phrase qui s’applique tellement bien aux militants pour un Revenu de base : « Cette histoire est dédiée à ceux qui imaginent ce qui n’existe pas encore et trouvent le courage d’en faire une réalité ! »