Les 1er et 2 juin 2018 au Parlement de Strasbourg se tenait la rencontre des jeunes européens. Au programme, de nombreux ateliers thématiques, de l’écologie aux inégalités sociales en passant par l’éducation. Le revenu de base inconditionnel a été cité de nombreuses fois tout au long des activités, parfois même dans sa vision la plus progressiste à 1000€ par mois. Les quinze jeunes activistes du réseau européen pour le revenu de base (UBIE) nous rapportent leur expérience.

 

Imaginez le Parlement européen pris d’assaut par 8000 jeunes des quatre coins du continent européen. C’est l’effervescence, c’est impressionnant et c’est stimulant ! Nous avons pu découvrir les coulisses de la démocratie européenne et prendre la température sur la popularité du revenu de base.

Les jeunes placent le revenu de base en priorité numéro deux après l’éducation

Les thèmes de la robotisation, des inégalités et du futur du travail sont au cœur des préoccupations des jeunes et ont été très largement représentés par des tables-rondes et des ateliers. Nous avons compté le nombre de fois où le revenu de base à été mentionné aux cours de la dizaine d’ateliers auxquels nous avons pu participé : il a été cité dans 5 ateliers liés à l’intelligence artificielle, le monde du travail et l’éducation. Nous avons observé de manière générale que les participants souhaitaient débattre plus longuement sur le sujet bien que ce ne soit pas le thème central de ces ateliers. Nous avons noté également qu’il reste du travail à faire pour que le concept du revenu de base soit bien compris et ainsi éviter les contresens et confusions avec le salaire minimum ou toute forme d’aide sociale conditionnelle.

Lors de la session « Help : A robot stole my job ! » (« À l’aide ! Un robot m’a volé mon travail »), un sondage en direct a été proposé aux participants. « Que devrait prioriser l’Union européenne (UE) pour répondre aux bouleversements du monde du travail ? ». La réponse de l’audience a apporté un soutien massif au revenu de base qui est arrivé en deuxième priorité, juste après l’éducation.

C’est un résultat intéressant, car le lien entre l’éducation et la sécurité du revenu n’est pas si souvent évoqué dans les débats autour du revenu universel en France. En effet, derrière des parents chômeurs ou confrontés à des situations d’emploi précaire, on a tendance à oublier les enfants et les jeunes adultes qui dépendent du soutien de leurs parents. ATD Quart Monde illustrent bien le retentissement de la pauvreté sur la scolarité des jeunes :

 

« Avant et après sa naissance, les conditions de vie difficile (logement, chômage, alimentation, santé…) et le stress imposé à sa famille rejaillissent sur l’enfant et sur ses capacités d’apprentissage. Ainsi, en France, un chômage durable des parents diminue de 12 points la probabilité d’obtention du baccalauréat pour leurs enfants. »

 

Par ailleurs, les résultats de la plupart des expérimentations de revenu de base ont montré des signaux positifs, notamment une nette amélioration des résultats scolaires. Par exemple, dans l’expérimentation indienne de 2011, les performances scolaires ont fait un bond de 68 % et le temps passé à l’école a triplé. Dans un pays industrialisé comme le Canada, l’expérimentation du MINCOME  (années 70) a montré que les enfants des familles de Dauphin étaient plus enclins à poursuivre leurs études au-delà du lycée.

Ainsi, de nombreuses expérimentations ont mis en lumière qu’un revenu garanti nous amène à observer des effets non anticipés sur des domaines tels que l’éducation, la santé, les violences conjugales ou la criminalité. Dès lors que l’on décide d’investir et de faire confiance aux individus, nous provoquons des changements de rapports sociaux qui tendent à faire diminuer d’autres dépenses publiques.

Par ailleurs, face à l’objection que le revenu de base est trop cher, il est toujours bon de se rappeler aussi que l’éducation gratuite pour tous était vue comme une utopie, et qu’il y a un siècle, 10 % des ressources des familles ouvrières venaient du travail des enfants. Plus proche de nous, le programme Erasmus+, la meilleure success-story de l’UE, est régulièrement en danger de disparition car “trop cher”. Pourtant, cela ne viendrait à l’idée de (presque) personne de revenir en arrière sur ces acquis tant les effets ont été bénéfiques pour la société et pour la construction européenne.

 

L’éducation devrait être facile d’accès, tout au long de la vie

Lors d’un atelier sur l’éducation , les participants devaient se creuser les méninges autour du problème suivant :  comment assurer l’éducation toute au long de la vie ? L’idée d’un droit de tirage de deux ans a émergé. Ce serait par exemple, un droit au revenu disponible sur le compte d’activité de chaque citoyen, qui serait utilisable tout au long de la vie, sans contrôle de l’usage de cet argent, pour réaliser ses projets professionnels, faire le tour du monde, ou prendre soin d’un proche. Déjà évoqué par Daniel Percheron dans le rapport du Sénat sur le revenu de base, ce n’est certes pas encore le revenu universel, mais cela témoigne que l’idée d’un revenu émancipateur, déconnecté de l’incitation au travail gagne du terrain.

 

Salle comble à la table ronde « Revenu universel : le retour de Robin des bois ? »

À revoir en Français http://web.ep.streamovations.be/index.php/event/stream/20180601-1730-eye17

 

300 personnes étaient présentes au débat traduit simultanément en français, anglais et allemand. Du côté des défenseurs du revenu de base, Aurélie Hampel (membre du MFRB et représentant UBIE à la table-ronde) a présenté les bénéfices du revenu universel et Harro Boven, (économiste et membre des Jeunes Démocrates aux Pays-Bas), a présenté une proposition qui irait dans le sens d’un revenu de base européen. Ce serait le versement de 100 unités d’une cryptomonnaie européenne utilisable pour payer les services publics, la nourriture et le logement.

Côté contre, Ilkka Kaukoranta, économiste finnois et représentant du SAK (Organisation centrale des syndicats finlandais), et Daniel Zamora, post-doctorant en sociologie à Cambridge qui a publié le livre Contre l’allocation Universelle (2017). Daniel Zamora cherche à répondre à la question : « Est-ce que le revenu de base est la meilleure solution pour répondre aux problèmes actuels de la protection sociale ? ». S’il est contre le revenu de base, et préfère garder la conditionnalité des aides mais élevées au niveau du seuil de pauvreté, il a le mérite de poser des questions essentielles sur le plan académique, auxquels les chercheurs du revenu universel devront apporter des réponses convaincantes à l’avenir.

 

À réécouter :  Daniel Zamora face à Nicole Teke (MFRB) et Marc de Basquiat 

 

Côté réactions du public, il y a eu de nombreux soutiens et des témoignages émouvants notamment d’un jeune irlandais parlant de la précarité des étudiants.

L’événement s’est achevé sur la cérémonie de clôture dans l’hémicycle, propulsant le revenu de base dans le top 10 des meilleures idées pour changer l’Europe, partagées durant l’événement. La session a permis un dialogue entre la jeunesse et des eurodéputés, dont les questions ont essentiellement porté sur la crise des réfugiés.

Closing session : Don’t stop me now

🚨 Watch LIVE Closing session : Don’t stop me now #EYE2018. With Vice-president Ramón Luis Valcárcel Siso and moderated by Leïla Ghandi.

Publiée par European Youth Event sur Samedi 2 juin 2018

Vers la minute 57, l’extrait démarre (en anglais). Parmi les dix idées présentées, une jeune fille française propose le revenu de base, et nous ne la connaissons pas !

 

Rencontre avec des eurodéputés

L’événement EYE2018 fut également l’opportunité de rencontrer trois eurodéputées et de comprendre mieux comment ils travaillent au parlement ainsi que les sujets qui les préoccupent le plus. Nous avons exploré les liens entre le revenu de base, la créativité, les arts et l’éducation avec Julie Ward, eurodéputé socialiste en Angleterre. Avec Terry Reintke, eurodéputée vert allemande, nous avons échangé sur la pauvreté des enfants en europe et quelles propositions nous pourrions développer à l’échelle européenne en lien avec l’euro-dividende. Enfin, nous avons pu rencontrer Mady Delvaux qui a partagé son expérience au sujet du vote sur la taxe robot pour financer un revenu de base (2017) et comment elle a mobilisé les différents groupes parlementaires sur cet amendement. Ayant travaillé activement pour promouvoir le RDB au sein de la commission emploi, affaires sociales, et inclusion, elle soulève le problème que pour faire avancer le débat au niveau européen, il faut que chaque commission du parlement débatte du sujet.

 

Quelques témoignages

Et pour finir… Le dimanche nous nous sommes rassemblés pour faire un débrief de l’événement et réfléchir à comment continuer à travailler ensemble. Nous vous partageons quelques témoignages :

« Je repars chez moi avec une conviction plus forte que le revenu de base est la meilleure solution » – Alessandra, Maastricht

 

« Maintenant j’en sais un peu plus sur comment les eurodéputés pensent et agissent » – Leire, Barcelone

 

« Je me sens plus européen maintenant. Plutôt engagé au niveau Français, maintenant que j’ai discuté avec vous, j’ai vraiment compris à quel point cette idée est universelle. » – Corentin, Lille

 

« C’était très intéressant pour évaluer comment on peut avoir effectivement un impact, et comme utiliser cette occasion en terme de sensibilisation. Nous devrions réfléchir comment avoir un impact lors de la prochaine édition en 2020. » – César, Bruxelles

 

“Je cherchais encore des arguments contre le revenu de base et je n’en n’ai pas trouvé ! » – Nik, Ljubljana

 

« Je connaissais le revenu de base du point de vue Suédois. Maintenant j’ai hâte de rentrer et de raconter à mes amis la dimension européenne de cette idée. » – Ronja, Göteborg

 

« J’ai pu identifier les questions sur lesquelles je dois continuer de travailler en tant que chercheur sur cette question. » – Giacomo, Paris

 

« Ce rassemblement avec les jeunes défenseurs du revenu de base m’a permis d’identifier ce sur quoi nous devons nous concentrer pour faire avancer l’idée. » – Gijs, Rotterdam.

 

« Nous avons vraiment partagé de très bons moments. Nous allons rester en contact et j’ai déjà un projet d’événement européen à vous proposer ! » – Dani, Madrid

 

Nous tenons à remercier tous ceux qui ont soutenu la campagne de crowdfunding pour financer ce voyage par leurs partages et leurs dons. Grâce à vous, nous avons pu permettre de financer ce voyage et former des liens forts entre les participants pour continuer à militer ensemble.

Envie de participer au EYE2020 ? Contacte eye2018@ubie.org  !