À l’occasion du Printemps des Humanités au campus Condorcet, la Compagnie Les Tambours Battants adapte à la scène l’essai devenu culte de David Graeber, Bullshit Jobs. Ce spectacle expose avec humour et clarté ce phénomène des « jobs à la con » : il interroge notre rapport au travail, la valeur que nous accordons à nos activités…et ouvre la question d’un revenu universel.

Rendez-vous samedi 21 mars 2026 pour une après-midi en deux temps, animée par laudine Grapperon et Bertrand Paoloni et avec la participation d’autres chercheur·euses et militant·es. -> Pour vous inscrire, c’est ici. 

Avant

1 – Vous décrivez la lecture du livre Bullshit Jobs comme une « révélation ». Qu’est-ce qui, dans la pensée de David Graeber, vous a donné l’élan de monter ce projet ?

J’ai déjà eu plusieurs fois l’occasion d’aborder ce sujet mystérieux qu’est “le monde du travail” dans plusieurs spectacle, mais toujours par un prisme particulier et il existe une production analytique pléthorique sur le sujet, mais Graeber est le premier qui m’a offert ce qui ressemble le plus à une vision d’ensemble, en réussissant ce petit miracle d’articuler une pensée complexe dans une langue simple et ça, j’adore !

Et les témoignages qui émaillent le livres sont tous plus incroyables les uns que les autres. Je dois avouer que je me suis pris plus d’un fou rire en lisant le livre !

2 – Pourquoi avoir pensé au MFRB pour travailler ensemble autour de cette adaptation ?

Parce que c’est la conclusion à laquelle arrive Graeber dans son livre : un revenu universel est la seule solution prônée par les mouvement sociaux qui pourrait aider à résoudre le problème des “jobs à la con”. Et je trouve plus intéressant d’offrir des ouvertures vers un possible, c’est mieux que de conclure un spectacle par “Donc, c’est la merde. Merci, bonne soirée”. Le truc, c’est que je suis très très loin d’être un spécialiste sur le sujet. Alors je me suis dit : autant essayer de m’associer à des gens qui savent de quoi ils parlent.

3 – La forme que vous proposez est hybride : entre conférence, seul-en-scène, stand-up et micro-fictions vidéo…Elle fait aussi penser aux conférences gesticulées, qu’on retrouve dans l’éducation populaire. Pourquoi ce choix ?

Parce que j’aime bien essayer de créer des “nouvelles” formes à la croisée de plusieurs disciplines et que ça, j’avais jamais essayé. Et je me rends compte en réfléchissant à la question que ça fait plusieurs spectacles d’affilée que je créé qui démarrent sur un principe de canular : une intervention d’une infirmière scolaire en collège sur le harcèlement qui vire en spectacle, des journalistes qui viennent faire une conférence d’éducation aux médias et à l’information en lycée et qui partent en cacahuète… Là, c’est un peu pareil, je viens faire une conférence économique en amphithéâtre, dans des universités et petit à petit, je me mets à jouer plein de personnages différents. Ca marche aussi sur le fait que ça se joue dans des endroits où il est logique de voir une infirmière scolaire, logique de voir des journalistes, logique de voir un économiste, mais pas forcément logique de voir du théâtre. J’espère que ça créé un petit trouble qui ouvre plusieurs plans de lecture.

Et puis je dois dire que j’aime bien jouer au conférencier.

4 – Vous donnez une place importante aux témoignages.Comment ces récits transforment-ils l’expérience du spectateur ? Cherchez-vous le rire, le malaise, l’identification ?…

Je cherche l’humain. Surtout. Je pense que, dans le spectacle il y a autant de temps de témoignages que de conférence et ce mélange des deux, je le trouve puissant. Je fais du théâtre, à la base, pas de l’économie. J’ai besoin de raconter des histoires, j’ai besoin que les gens puissent s’identifier à quelqu’un‑e, que ce soit proche de nos expériences quotidiennes, sinon ça reste de la politique hors-sol. Et je pense, honnêtement, que c’est impossible de traverser toute cette série de de témoignages sans s’y reconnaître à un moment ou à un autre.

Et oui, aussi, j’espère que ce sera drôle aussi !

5 – Votre personnage adopte une posture engagée, mais “ni au-dessus ni en dessous” du public. Est-ce une manière d’ouvrir le débat ?

Oui. Enfin, c’est plus moi qui adopte cette posture que le personnage, même si ça déteint forcément sur lui. C’est une manière de rester à ma place, une question d’honnêteté et d’humilité. je ne veux pas m’accaparer la pensée de Graeber, que je serai incapable de développer moi-même. Du coup, oui, on peut essayer de comprendre ensemble.

6 – La représentation sera suivie d’un échange avec le public : qu’attendez-vous de ce moment ? Qu’aimeriez-vous que le public retienne ?

Ca, je sais pas, chacun·e fera son propre chemin. Ou pas. Et c’est très bien comme ça. Disons que la seule question qui me semble importante, c’est celle sur laquelle Graeber conclue son livre et sur laquelle, donc, je conclus le spectacle… mais comme je ne veux pas tout spoiler, vous n’avez plus qu’à venir voir le spectacle pour la connaître !

Rejoignez-nous le 21 mars !