Léon Régent milite depuis 2013 pour la mise en œuvre effective d’un Revenu d’Existence.
Ancien ingénieur, il est vice-président de l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (AIRE), fondée en 1989 par les économistes Henri Guitton et Yoland Bresson, et qui développe des modèles économiques et philosophiques associés au revenu d’existence.

Il est également l’auteur du livre « La face cachée des prestations familiales » (2018).

Nous lui avons posé quelques questions, avant sa prochaine intervention le vendredi 20 mars, sur le thème “Revenu de base et simplification du système socio-fiscal : enjeux et stratégies”.

1 – On parle beaucoup de la complexité du système socio-fiscal en France. En quoi pose-t-elle aujourd’hui un problème démocratique, au-delà des aspects techniques ?

Notre système socio-fiscal est un empilage historique de mesures. Jamais « nettoyé », il est incompréhensible non seulement par les citoyens, mais aussi par les élus. Il est ingérable. Il se prête aux discours partiels et partiaux, démagogiques et mensongers. Il y a un abîme entre ce qui est annoncé et la réalité des décrets.

2 – Selon vous, quelles sont les incohérences majeures du système actuel, qu’un revenu de base permettrait de dépasser ?

Le système est conçu par « foyer » ou « ménage ». Or, l’instabilité des liens conjugaux fait que le statut administratif (marié, pacsé, concubin…) ne correspond pas à la réalité vécue dans un grand nombre de cas.
Les revenus financiers des riches investisseurs sont « raisonnablement » taxés. Les revenus financiers des personnes au RSA, y compris les revenus de LEP, sont taxés à 100 %.

3 – Comment concilier simplification, justice sociale et efficacité économique ?

Nous concevons la justice sociale dans une optique centralisée. Cela conduit l’État à multiplier les « cases administratives » et les volumineuses bases de données inquisitrices, soi-disant pour plus de justice (tenir compte des cas particuliers). Or, plus il y a de « frontières », plus il y a d’affectations discutables ou injustes dans telle ou telle « case ». La voie est la subsidiarité : moins de cases, moins d’État centralisé, plus de responsabilités individuelles,
familiales et locales.
Pour compléter localement les insuffisances d’un État national qui ne sait pas tout, il faut connaître ce que cet État fait ou ne fait pas. La simplicité est essentielle à la subsidiarité.
L’efficacité économique repose sur la liberté des acteurs, leur envie d’entreprendre. Aujourd’hui, entreprendre, et par exemple embaucher, c’est entrer dans une onéreuse et chronophage galère administrative que toute personne censée (ou consciente) cherchera à éviter.

4 – Dans le contexte budgétaire actuel, quels sont les leviers concrets qui rendent une réforme ambitieuse crédible ?

En période financière faste, aucune réforme sérieuse n’a été entreprise pour simplifier. L’obstacle n’est donc pas financier.
Une réforme structurelle ambitieuse bouscule les « avantages acquis » – il serait mieux de dire bouscule les « injustices acquises » – cachées dans la complexité. Il faut affronter explicitement cette difficulté, pour expliquer par exemple que l’État va licencier ou redéployer d’office : suppression de « comités theodules », simplicité et universalité permettant de réduire les effectifs de la CAF, suppression de la multiplicité des caisses de retraite, suppression des emplois qui gèrent des fiches de paie inutilement complexes… et aussi, lissage des dispositifs écrêtant les bosses, donc faisant des perdants. La prochaine « faillite » va faciliter l’acceptation de la réforme. Continuer à ne rien faire est suicidaire. Réduire les retraites ou le salaire des fonctionnaires « en aveugle », sans avoir rationalisé, serait désolant.

5 – La promesse de simplification peut-elle constituer un point de convergence politique autour du revenu de base ?

Les relations entre MFRB et AIRE sont emblématiques de cette difficulté. Comment converger ? La voie est technique. L’obstacle vient des idéologies éloignées du réel qui sont le repli de ceux qui ne peuvent pas comprendre la complexité, et aussi des enjeux électoraux contraires à l’intérêt général.

6 – Si vous deviez résumer en une idée forte ce que les participant·es vont découvrir pendant ce webinaire, quelle serait-elle ?

Le système socio-fiscal français est celui d’une bureaucratie totalitaire. Voulons-nous devenir des citoyens responsables, ou rester les enfants gâtés et colériques d’un État nounou ?