Le revenu de base a été très souvent présenté ces derniers temps dans les médias, mais quasiment exclusivement sous l’angle de la proposition de Benoît Hamon. Il est pourtant important de ne pas simplifier cette thématique en oblitérant les autres propositions du débat public. Et surtout de ne pas abandonner à un unique parti politique ce formidable sujet.

Le concept du revenu de base a été popularisé par les médias grand public au moment de la primaire socialiste. Le vainqueur du premier tour de cette primaire, Benoît Hamon, a centré sa campagne quasiment exclusivement sur cette proposition, ce qui lui a permis d’apparaître, face à des candidats proposant des idées déjà exposées lors de précédentes campagnes, comme un grand innovateur. Pourtant, il est loin d’être le premier à proposer la mise en place du revenu de base, mais il l’a implémenté dans son programme au moment opportun. L’un des « dommages collatéraux » de cette surexposition médiatique du revenu de base, c’est qu’on associe désormais cette mesure à une personne et, pire encore, à un camp politique. Pour de nombreuses personnes, le revenu de base est désormais perçu comme étant une mesure « de gauche ». C’est une vision réductrice, alors que cette thématique mérite mieux que cela.

Il ne s’agit pas pour moi de dire qu’il s’agit d’une mesure de droite, cela serait tout aussi faux. Il s’agit de comprendre que le revenu de base est un concept aux multiples facettes, qui se décline suivant l’orientation idéologique des personnes s’en emparant. Pour s’en convaincre, regardons rapidement la galerie des personnalités politiques favorables au revenu de base : nous avons la droite sociale-conservatrice (Christine Boutin, Jean-Frédéric Poisson), la droite libérale-progressiste (Nathalie Kosciusko-Morizet, Frédérique Lefebvre, Dominique de Villepin), le centre (les Jeunes Démocrates, les Jeunes Radicaux), les écologistes (Yannick Jadot, Jean-Luc Bennahmias), la gauche socialiste (Benoît Hamon, Pierre Larrouturou), certains mouvement alternatifs et citoyens (Parti Pirate, Charlotte Marchandise issue de LaPrimaire.org) et même l’extrême droite socialo-populiste (Marine Le Pen n’écartait pas l’idée en avril 2016). A l’inverse, de nombreuses autres personnes issues de tous les camps, de la droite conservatrice à la gauche radicale, se prononcent encore contre l’idée pour le moment. Il est d’ailleurs remarquable de constater que François Fillon, Emmanuel Macron, Manuel Valls et Arnaud Montebourg ont exactement les mêmes mots quand ils tentent vainement de disqualifier le revenu de base en parlant de la « valeur-travail » (pour mémoire, le revenu de base est un puissant outil de valorisation du travail).

Bien évidemment, les différentes personnes favorables au revenu de base que je viens de citer ne proposent pas toutes le même revenu de base. C’est là le point essentiel qui est quasiment toujours ignoré dans les rapides présentations à la télé, à la radio ou dans la presse écrite. Que ce soit au niveau du montant, des justifications idéologiques et philosophiques, des modalités de financement, de très nombreuses possibilités existent. Certaines de ces modalités sont même encore à inventer. Il faut donc définitivement arrêter d’amalgamer l’idée globale du revenu de base avec la proposition de Benoît Hamon, qui doit être considérée comme étant une version socialiste du revenu de base. Attention, cela ne veut pas dire qu’il ne s’agit pas d’une bonne proposition (elle est néanmoins conforme à la charte du Mouvement Français pour un Revenu de Base). Je veux juste que l’on prenne le temps de regarder l’ensemble de la palette existante.

On rappelle souvent que le revenu de base a des origines variées, allant du libéralisme au communisme. Personne ne classerait Milton Friedman à gauche par exemple. Il faut donc bien comprendre que Benoît Hamon n’est pas issu de Milton Friedman mais d’autres courants de pensée, même si au final ils se rejoignent sur les mécanismes fondamentaux du revenu universel (inconditionnalité et automaticité). Le revenu de base n’est pas une idée de droite qui a migré à gauche, c’est une idée de droite ET de gauche qu’on retrouve de nos jours à droite ET à gauche.

Entre la proposition de Benoît Hamon et celle de Nathalie Kosciusko-Morizet, il y a des points de contact, notamment sur certains constats (modifications du marché du travail, besoins de simplification), mais il s’agit de deux propositions distinctes au niveau des modalités pratiques : des montants différents (470€ pour Nathalie Kosciusko-Morizet et 750€ pour Benoît Hamon) et des sources de financement différentes (impôt proportionnel pour Nathalie Kosciusko-Morizet et taxation des robots et du capital pour Benoît Hamon) entre autres choses.

En ignorant la diversité des propositions autres que celle de Benoît Hamon, le système médiatique ne rend service à personne. Ni à ce candidat, qui passe pour un utopiste isolé. Ni évidemment aux autres candidats ayant formulé leur soutien au revenu de base, car ils se retrouvent censurés par le silence médiatique autour de leurs idées. Le revenu de base n’appartient à personne, car il concerne tout le monde. Chaque parti politique doit s’en emparer, pour élaborer sa propre proposition. Il faut des débats, des échanges, qui feront apparaître de nouvelles solutions pour élaborer le renouveau de notre système de sécurité sociale.


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